Pagnes Faso Dan Fani :Identité culturelle, créativité... argent

samedi 29 avril 2006

Relancé dans les années 83, le pagne tissé fut imposé dans l’habitude vestimentaire des burkinabé. Depuis quelques années, les consommateurs Burkinabé et même étrangers s’intéressent de plus en plus à ce produit local.

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Teindre, laver, tisser, sont des gestes simples, mais laborieux qui demandent ingéniosité et patience. Elles sont aujourd’hui des milliers à se lancer dans cette activité jadis masculine et castée.

C’est avec l’arrivée des missionnaires blancs en Haute Volta que des femmes ont été formées au tissage. Par le passé, leur rôle se limitait à la filature. Aujourd’hui, elles ont gagné en dextérité, mais ne se confondent pas aux tisserands, considérés comme un métier traditionnel. Malgré la vulgarisation du métier, le pagne tissé n’a pas connu un succès commercial, rapidement confronté à la concurrence des pagnes industriels.

La Révolution démocratique et populaire survenue en 1983 a entraîné le changement du nom du pays. La Haute Volta devient le Burkina Faso et des slogans comme « consommons Burkinabè » voient le jour. Ce fut le temps de la valorisation des produits locaux. Le pagne tissé fut baptisé Faso Dan Fani (FDF) qui signifie pagne tissé du Faso. Des structures d’appui et de promotion furent mises sur pied. Avant cette époque, se rappelle Madame Ilboudo tisseuse : « le métier n’était pas rentable.

Aussi, nous avons saisi une opportunité qui nous a été offerte ». Ces dames, une vingtaine, furent recrutées au centre UAP- Godé. Soumises à un test de recrutement, elles étaient chargées de produire le tissu local, moyennant une rente salariale. Cette structure spécialisée du ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale a été créée depuis 1987 pour appuyer les femmes conformément au slogan, « une femme, un revenu ». D’autres structures ont vu le jour par la suite : sont de celles-là, le Bureau des artisans (BA), fruit de la coopération allemande.

Le BA est une structure privée dont l’objectif est l’appui de l’artisanat utilisataire. A cet effet, il travaille avec l’Association des tisseuses du Kadiogo (ATK) par (l’appui-conseil et formation). La maîtrise des couleurs, l’esprit de créativité, les différentes politiques de promotion ont contribué, ces dernières années à l’essor du pagne tissé. Les principaux reproches faits au pagne tissé étaient selon Mme Marceline Sawadogo, les couleurs qui dégorgeaient les dimensions qui n’étaient pas conformes, les modèles non variés.

Le pagne se vendait par bandes et ses usages étaient limités. Aujourd’hui, le FDF est un pagne adaptable. Il peut être lourd, moins lourd ou léger. On peut varier les dimensions en fonction du besoin du demandeur à telle enseigne qu’il s’adapte à tous les modèles.
Selon Mme Awa Kanazoé du Bureau des artisans, les stylistes ont contribué pour beaucoup à la promotion du FDF, notamment en produisant du prêt à porter ; pour elle, les Occidentaux, de passage au Bureau tombaient d’admiration devant ces œuvres artisanales. Mais l’éternelle question revenait :»que peut-on en faire ? »

Les quelques rares modèles proposés,,, des boubous surtout, ne correspondaient pas au style vestimentaires de certains visiteurs et des étiquetages du genre pagne de la mariée, de la nouvelle accouchée, du mort.... ont contribué à faire du FDF un produit exotique. Le pagne à l’époque se vendait entre 2 500 et 3 500 F CFA. Aujourd’hui, il y a deux grandes catégories de pagnes : « les pagnes du marché » moins chers et peu élaborés ( 1 500 à 1 700 F CFA) et les pagnes haut de gamme dont le prix varie entre 4 000 et 12 000 FCFA. Les pagnes servent à la décoration (fauteuil, rideau, housse.....), à l’habillement..

Le matériau utilisé est essentiellement composé de fil en cotonnade ou synthétique, de la teinture. L’acquisition se fait selon qu’on travaille individuellement ou en groupe. Que ce soit à Godé ou à l’ATK, les commandes se font de façon groupée. chaque tisseuse exprime son besoin et la marchandise est livrée par des commerçants, payable un mois plus tard. A l’ATK, chacune a le loisir d’écouler son produit à sa convenace.

Mais, l’Association participe aux différentes foires, tant en Afrique qu’en Europe. Pour Mme Bafiogo, présidente de l’ATK, les foires ne sont pas une occasion de vendre cher, mais plutôt d’écouler le maximum possible. En général, les femmes s’organisent, font une délégation de deux personnes.

Une somme forfaitaire est fixée sur chaque pagne ( 300 à 500F) pour les diverses dépenses. Elles peuvent bénéficier d’une prise en charge de 25 à 75%. « Après les expositions, nous faisons le point et chacune reprend le restant de ses pagnes », a déclaré Mme Bafiogo. Nous pouvons vendre jusqu’à deux millions a-t-elle ajouté. Ce qui marche le plus en Europe, ce sont les écharpes. Elles sont d’ailleurs plus rentables. Un pagne se compose de quatre écharpes et chaque écharpe coûte 3 000 F, alors que le pagne se vend tout au plus à 6 000 F.

En dehors des foires, le pagne est beaucoup demandé par les stylistes africains. « Nous recevons des commandes du Mali, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire » a dit Mme Sawadogo de UAP/Godé. La clientèle nationale n’est pas en reste. Des couturiers ont donné à ce pagne ses lettres de noblesse, à telle enseigne que certains portent leur nom. Selon Mme Sawadogo, « le pagne se porte bien tant sur le plan national qu’international. De plus en plus, l’engouement est certain.

La preuve, en 2005 Gode a vendu 13 281 pagnes et en décembre, nous étions obligés d’assurer une permanence pour les ventes. En dehors des ventes, « la formation peut rapporter des revenus supplémentaires. Les leaders emploient aussi des femmes qui ont appris le métier, mais qui n’ont pas les moyens de s’installer. Ces dernières travaillent à la rente, en attendant ». Dieudonné Zoundi de Gar-Boko est l’un des rares hommes évoluant dans ce domaine. Ingénieur textile de formation, il a son actif une vingtaine d’employés ; Des tisseuses, des teinturières,.... M. Zoundi affirme être toujours en rupture de stock.

Ayant opté pour la qualité, il met le prix de vente relativement plus cher. « La qualité a son prix » a-t-il dit. La principale difficulté demeure le financement. Les subventions tendent à s’amenuiser, voire disparaître dans les structures d’appui. Les tisseuses de l’ATK formées à la gestion bénéficient de prêts, sous le couvert de la Société de caution mutuelle (SCA) auprès de la caisse populaire. Elles sont couvertes par une garantie résultant d’une cotisation de 5 000 F par membre et soutenue par l’EFD . Chaque membre peut prétendre à un crédit avec l’aval de son groupement et le remboursement se fait selon les principes de la banque.

Si d’aventure la créancière n’arrive pas à honorer ses engagements, le groupement l’épaule, quitte à la sanctionner après. Le FDF a certes le vent en poupe actuellement, mais il a encore besoin d’un coup de fouet. vingt ans après la relance, le pagne reste pour la plupart des Burkinabè, une tenue de cérémonie. Il n’est pas arrivé à supplanter les tenues occidentales, mêmes si les consommateurs reconnaissent qu’il peut être utilisé pour les même modèles.

Activité génératrice de revenue, pourvoyeuse d’emploi surtout pour les femmes, le pagne a besoin d’être mieux vendu. Madame Bafiogo regrette la fermeture de Faso Fani. Cette structure pourrait contribuer à réduire les coûts de production. Elle souhaiterait par ailleurs, que le pagne soit utilisé à d’autres fins telles que les tenues scolaires.

Assétou BADOH

Sidwaya

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