Sa majesté M’Pa Yacouba Sanou : chef traditionnel apolitique, palais modeste

mardi 7 mai 2013

M’Pa Yacouba Sanou, Chef de canton du cercle de Bobo-Dioulasso et Chef traditionnel des Bobo-Mandaré serait né en 1918. Deuxième personnalité à avoir cumulé la double casquette de chef de canton et de chef traditionnel, le fils de Souro Sanou a su demeurer apolitique dans un Burkina ou des chefs se plaisent dans le jeu politique.

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Sa majesté M’Pa Yacouba Sanou : chef traditionnel apolitique, palais modeste

« On ne peut pas parler du chef sans parler de ses aïeuls » c’est ce que les conseillers de sa Majesté M’Pa Yacouba enseignent au visiteur. Et pour l’histoire, sa Majesté M’Pa Yacouba Sanou est le fils de Souro Sanou, celui-là même qui a prêté son nom au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Bobo-Dioulasso.

Qui est Souro Sanou ?

Les faits sont des protocoles du chef. Et selon toute évidence, Souro Sanou était absent de sa cité à l’arrivée du « blanc » à Bobo-Dioulasso. C’est trois ans après que l’homme est revenu de son exil ghanéen. Soumis aux travaux forcés tout comme le reste de sa population, il sonna la révolte. En réplique aux coups de fouets injustifiés, selon lui, Souro Sanou aurait copieusement frappé deux surveillants qui ont fini par fuir le chantier sur lequel ils étaient chargés de contrôler les travaux. Informé des faits, le commandant blanc d’alors aurait attendu 3 mois avant de convoquer les bobolais. Une fois convoquée, la population a voulu cacher l’identité de l’agresseur des surveillants. Mais de lui-même Souro Sanou s’est présenté au commandant et a expliqué les raisons de son acte au commandant. De la haine jaillit l’admiration du blanc pour le Chef, désigné depuis lors comme étant le chef de canton de Bobo-Dioulasso. A noter que pour le canton, la chefferie se transmet de père en fils et que le bonnet de chef traditionnel, revient au doyen de la famille royale.

M’Pa Yacouba Sanou au pouvoir

Après Souro Sanou, c’est sa majesté Ali Kollo Sanou, le prédécesseur de M’Pa Yacouba Sanou qui a eu la prouesse de cumuler les bonnets de chef traditionnel et de chef de canton. Décédé, il a laissé la place à El Hadj M’Pa Yacouba Sanou qui règne depuis 8 ans sur 67 villages. A la charge du chef, la gestion des conflits entre Bobo, ou entre citoyens de sa sphère d’influence tout simplement. Etant chef, il est également le garant des traditions, de la culture de son peuple. Il est à ce titre, celui qui donne les orientations à suivre pour sauvegarder les us et coutumes des Bobos. Côtoyé par les politiques, le chef reçoit pratiquement tous ceux qui ont des ambitions politiques à Bobo-Dioulasso. Chez lui, les politiciens viennent pour chercher des bénédictions, résoudre des problèmes ou pour être conseillés sur certaines questions d’envergure. Egalement, dans la viabilisation de Bobo-Dioulasso, les urbanistes et autres commis de l’Etat sont obligés de passer chez le chef pour ne pas commettre des gaffes. Mais à son âge, le chef se déplace rarement. Il laisse donc le soin à son entourage de résoudre certains problèmes.

La modestie du chef

Ce qui est frappant c’est la modestie de ce chef. Sur la terrasse de M’Pa Yacouba Sanou, on retrouve simplement la chaise du chef, la place des conseillers et des visiteurs. Rien pour épater un visiteur. A contrario de certains palais traditionnels qui sont presque des mini-châteaux, la cour du chef des Bobo est tout, sauf luxueuse.

Les Bobo peuvent mieux faire

Indisponibilité ou absence de source, il est difficile de trouver des évènements datés dans la cour du chef M’Pa Yacouba Sanou. Tout ou presque se fait encore à l’ancienne. Pour la moindre question, c’est des interrogations entre vieux. De la date de naissance du chef à sa date d’intronisation, la mémoire des vieux semble être limitée par l’effet du temps. Si la modestie et la sagesse du Chef est à saluer, il est déplorable que ses sujets ne mettent pas à la disposition des visiteurs ne serait-ce que des notes sommaires sur leur histoire. Il serait bon de le faire ou de le vulgariser si ce n’est déjà fait.

Ousséni Bancé

Lefaso.net

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Messages

  • Il faut rester modeste comme ça ; c’est d’ailleurs ce qui fait la fierté des bobolais ; savoir rester modeste. Je n’ai jamais vu quelqu’un qui est mort parce qu’il est modeste. Vous savez, tôt ou tard les choses vont se mettre à leur place d’elles mêmes. On a pas besoin de griots pour dire ce qui est juste, ça saute à l’oeil. MBI FO GRAND CHEF ; je suis fier d’être bobolais.

  • Monsieur Bancé, merci pour votre tentative d’exégèse sur celui que vous nommer chef suprême des Bobos. Vous faites le jeu des falsificateurs de l’histoire des Bobos. C’est vrai, on a presque honte de dire que le Bobo n’a pas de chef. Mais c’est une triste réalité : c’est à vouloir comparer l’organisation politique et sociale des Bobos à celle de certains peuples du pays tels que les mossis que l’on parle de chef suprême des Bobos. Vous dites vous même que les notables qui l’entourent n’ont pas de source pour vulgariser ce que vous appeler la chefferie chez les bobos. Puisqu’ils sont entrain de la monter de toute pièce cette histoire de chef canton qui cumulerait le titre de chef traditionnel. Monseigneur Anselme SANON est encore vivant. Allez auprès de lui ! L’abbé Joanny SANON peut aussi vous renseigner.
    Le patriarche N’Pa que je respecte comme l’exige son âge est justement devenu un instrument des politiciens. Il sait très bien qu’il n’est pas chef traditionnel à Sya parce du Dô, il en a cure ; or qui dit Bobo dit Dô. C’est de là que Monseigneur SANON a tiré le titre de sa célèbre thèse :"Du Dô au Credo".
    chaque village a son Dô et son chef du Dô ainsi que son chef traditionnel qui n’est sous la dépendance d’aucun chef suprême. Si vous persévérer dans la désinformation vous allez finir par révolter les populations des 67 villages que vous prétendez être sous la tutelle d’un chef suprême.
    Moi je suis de Koumi et m’investi sur plusieurs plans (CVD, association) pour la sauvegarde de la culture Bobo. Franchement, je ne me reconnais à Koumi que dans mes chefs et notables du village qui quand à eux ne se reconnaissent aucune tutelle hiérarchique traditionnelle. Il y a des alliances certes entre les différents villages bobos et même tiéfos mais pas de la subordination. Alors arrêter l’intoxication. Avec tous mes respects !

  • Chez les Bobo trois sagesses de la chefferie sont que, 1) le grand arbre doit souffrir les brulures du soleil pour que ceux qui sont à son ombre aient la fraicheur. 2) Les biens au chef sont les biens faits au nom du chef pour prouver de la paix et de l’entraide. 3) en troisième comme corolaire de la deuxième sagesse le chef n’accumule pas car la production vient de la paix générée par les autres y compris le chef des rites, les propriétaires terriens ; les ancêtres et autres génies, il faut un équilibre pour ne pas faire des jaloux et surtout la colère des morts.
    Ces différentes sagesses ont des effets positifs et des effets négatifs ; le premier effet négatif est que la compétition n’existe presque pas donc pas d’émulation et ceux qui veulent se distinguer sont éliminés (les bobo sont tous presque les mêmes, très peu sont riches) l’important pour eux c’est l’auto suffisance. En deuxième, l’autorité n’est pas forte et la culture de l’autorité non plus (les bobo détestent l’autorité et ne la respectent pas). Comme corolaire de ces deux ils ne se retrouvent pas dans le système politique et administratif actuel qu’ils regardent avec méfiance et dédain. Comme leur chef, les bobo pensent que c’est le politiques qui doivent venir à eux ; à la différence de leur chef qui est apolitique, on se demande si les bobo sont apolitiques ou en vérité c’est parce qu’ils ne savent pas faire la politique.
    ENFIN le comportement de Souro SANOU en son temps était très difficile à comprendre surtout par le colon ; était-ce de la témérité, de la défiance ou de l’arrogance ; il se situe dans un contexte qui a enregistré tout de même des épisodes de massacre dont celui de Kuinima.

  • Je respecte la sagesse des doyens Bobo qui a trenscende les temps et maintenue la liberte, l’integrite et la cohesion du vaillant peuple Bobo. BABA M’PA que Dieu vous benisse et vous donne la sagesse.
    Il faut qu’on arrete de dire chef supreme des bobo. IL N’Y EN A PAS. LES BOBO N’ONT PAS DE CHEF SUPREME, C’EST LA SAGESSE DU COLLEGE DES DOYENS QUI GOUVERNE DANS LES COMMUNAUTES BOBO.
    DE GRACE QUE LES POLITICIENS INCONSCIENTS ARRETENT DE PERVERTIR L’HISTOIRE ET LE FONDEMENT DES PEUPLES BOBO POUR DES FINS ELECTORALISTES.
    CELA VA DE NOTRE DIGNITE

    • Parfois cela pose des problèmes, en effet c’est les sages qui décident en se consultant. Je me souviens une fois, des bobo sont allés demander la main d’une fille (à 400 km de Bobo) ; ils ne se sont pas entendus sur certains détails de dot et de considérations culturelles et ils ont voulu mettre la décision finale à plus tard disant qu’ils vont aller voir ce qu’en diront ceux qui les ont envoyé à savoir les vieux à Bobo. Le plus jeune du groupe de mission avait 69 ans les autres avaient tous plus de 70 ans. Finalement ils ont appelé en cachette un des anciens à Bobo qui leur a dit (moqueur) que s’ils rentrent dans cette situation ils auront échoué leur mission. Alors ils ont tout accepté, au grand bonheur du futur marié qui lui était impatient de sauter sa fiancée. Bref des vieux qui disent qu’ils vont aller consulter les anciens ; arrêter ca un peu ; oui un peu seulement.

  • Salut à tous,celui-la est ce que moi j’appelle un vrai chef selon vos dires,preserver les us et coutumes,être humble,impartial dans les divagations politiques....Les autres ne sont que des colporteurs et usurpateurs de surcroît pavaneurs qui ont vendu leures traditions et leures âmes avec,aux demagogues politiciens...mais ce qui me rassure c’est que dans la vie la vérité revient toujours à grands pas...wait and see...que Dieu preserve nos grands chefs et detronne les usurpateurs.A bon entendeur salut.

  • L’information de bouche à oreille est bien, mais dans un monde où la perte de mémoire devient courant, il est vraiment nécessaire de consigner les informations utiles sur les bobos de sorte à guider les éventuelles visiteurs ( ceux à la recherche d’informations justes).

  • 2013 - 1918 = 95 ans. Il a vraiment su se conserver. Comment a-t-il fait. Toutes mes admirations Majesté.
    Pour le reste je comprends que la chefferie de Bobo a été une sorte de récupération de la révolte de Souro SANOU. le colon ayant vite compris qu’il mobilisait autour de lui l’a récupérer pour mettre sa force à son service. Le colon était vraiment malin. Quand nous arrivions au lycée dans les années 1970, un parent d’élève blanc (dans nos classe il y avait des blancs des métis des jaunes et des noirs) a frappé un de nos camarades au profit de son fils blanc mais s’est rendu compte qu’il avait commis une grave erreur car notre camarade a menacé, juré craché que chaque fois qu’il verrait le petit blanc sans son père il le bastonnerait. Du coup le petit blanc a décider de ne plus venir au lycée. Le malin expatrié est revenu au lycée et a fait de notre camarade son ami (qu’il a couvert de cadeaux) et le protecteur de son ancien ennemi de petit blanc. Le petit est redevenu "in-touche". C’est la même chose que les colons ont fait avec nos parents. Mon père a aussi été un révolté et ils ont fait de lui un chef d’équipe chargé d’assurer que les autres travaillent bien mais cette fois sans passer par les coups de fouet.
    Tout ça fait partie des arts du prince de machiavel. Documentez moi ça les bobos

  • Merci pour cet article qui nous éclaire sur un peu sur la vie au Palais royal de Bobo.
    Ce qui ne frappe au premier chef, c’est ceci " le fils de Souro Sanou a a su demeurer apolitique dans un Burkina ou des chefs se plaisent dans le jeu politique". J’encourage le chef a demeuré sur cette position qui l’honore et qui impose le respect de tous ses sujets sans distinction d’appartenance politique.
    un chef que prend ouvertement position pour un parti politique, éloigne de fait ses sujets militants dans d’autres formations politiques.
    Un chef BOBO reste un chef de tous les bobos quelque soit leurs appartenances politiques. Merci grand chef pour avoir compris cela

  • Voir "Le pays Madarè vu par la chefferie traditionnelle" pour des infos plus fiables. L’écrit est de M’Pa lui-même et date d’Août 2006.

    C’est dommage que n’importe qui s’érige en "conseiller" du chef maintenant !
    Pour votre information, le dernier chef de canton de Bobo est Adama SANOU. C’est M’Pa lui-même qui l’a écrit.

    • Docteur, c’est bien la preuve que c’est une histoire qu’on tente de monter de toute pièce. Le canton de Bobo n’existe plus depuis le 5 août 1960, date de l’indépendance de notre pays. C’est dire qu’à un certain moment, même SANOU Adama n’avait plus de canton pour se prévaloir d’en être le chef.
      La chefferie traditionnelle dont M’Pa parle dans son écrit "le pays madarè vu par la chefferie tradionnelle" est celle des Bobo-dioulas. Si ce sont les bobo-dioulas encore appelés les zaras sont les seuls qui constituent le peuple Madarè alors il n’y a plus rien à dire. Les zaras ont été les collabos du colon pour l’accomplissement des travaux forcés. C’est ça l’histoire que les bobos autres que les bobo-dioulas ont vécu. C’est possible que Sourô SANOU dit Sourô Kognangan-mou ( sourô le mélangeur des choses) se soit rebeller contre les abus de ses propres frères (zaras) contre les autres Bobos et qu’il ait arraché la chefferie du canton pour mettre aux différentes exactions ! Si c’est le cas, je le félicite car c’est faux de dire qu’il a été le premier chef de canton parce qu’il a affronté le blanc. C’est bien les sujets du chef du canton tièfo et le chef du canton bobo qui terrorisaient les Bobos. A tel points que lorsqu’il a fallu prendre des noms de familles à l’état civil certains chefs de famille ont choisi le nom OUATTARA pour être sous la protection des tiéfos et celui de SANOU pour être pour être sous la protection du chef de canton Bobo-dioula en référence aux faits de guerre de leur héro Mollo SANOU. il en est ainsi dans les villages riverains du KOU : Samangan, Logofourso, Koumi...

  • Les chefs n’ont pas le même bonnet.Cela pour dire que leurs palais ne peuvent pas avoir le même décor qu’il soit modeste ou luxieux.

  • ARRETER LE MASSACRE. JAI LIMPRESSION QON VEUT NOUS IMPOSER LE "NABAîSME DES MOSSI". ACCEPTON DE DIR QON N’A PAS LES MEM CULTURE.
    NOUS BOBOS SOMME UNE SOCIETE ACEPHALE, DONC SANS CHEF SUPREME, MAIS AVEC DES CHEF DE VILLAGES. LA CHEFFERIE DE CANTON N’EST QUE L’OEUVRE DU BLANC. CETAIT L’INSTRUMENT QU’ILS UTILISAIT POUR NOUS ASSUJETTIR PLUS. MAINTENANT QUE LE COLON BLANC EST PARTI, PLACE AU COLON NOIR ENTENDEZ PAR LA LES CHEFS POLOITIQ. LES POLITICIENS PASSENT EN FAIT PAR LES CHEFS DE CANTON POUR ROULER NOS VAILLANTS PEUPLES. HEUREUSEMENT QUE LE SAGE DE DIOULASSOBA A COMPRIS LE JEU ET A CUMULER TOUTE SES 2 FONCTIONS POUR QON NE LE ROULE PAS DANS LA PATTE PAR PERSONNE INTERPOSEE COMME SOIT-DISAN CHEF DE CANTON. DONC DE GRACE NE TRANSFORMER PAS L’HISTOIRE. VOUS POUVER CONVOQUER UN FORUM ET VOUS AUREZ TOUTE LES INFOS.. ENCORE UNE FOIS ARRETER L’INTOX.

  • Vous ne cherchez pas la documentation nécessaire sur l’Histoire de Bobo, sinon allez à l’ U.C.A.O, à la Grande Mission, aux Archives du Haut Commissariat, au C.A.D de Sanou Bruno à Ouézzin-ville tous situés à Bobo-Dioulasso etc.
    Il y a pleins de Thèses et Mémoires qui malheureusement sont en majorité à l’Université de Ouagadougou.
    Les journalistes cachent leurs sources !!! les Historiens citent leurs sources pour ne pas déformer l’Histoire VRAIE.

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